L’accessibilité web, c’est la capacité d’un site à être utilisé par tout le monde, y compris les personnes en situation de handicap : malvoyants, daltoniens, personnes navigant au clavier, utilisateurs de lecteurs d’écran. En France, la réglementation impose déjà des obligations aux sites publics — et les sites privés sont de plus en plus concernés. Au-delà de l’obligation légale, un site accessible est un site mieux conçu pour tous ses visiteurs.
Ce que dit la loi en France
Le RGAA (Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité) définit les règles d’accessibilité web en France. Il s’appuie sur les normes internationales WCAG 2.1 (Web Content Accessibility Guidelines).
Qui est concerné ?
- Obligatoire : sites du secteur public, collectivités, organismes délégataires de service public, entreprises réalisant plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires
- Fortement recommandé : tous les autres sites web. La directive européenne sur l’accessibilité (European Accessibility Act) entre en application en juin 2025 et élargit les obligations au secteur privé pour les services numériques
Concrètement, même si votre TPE n’est pas encore légalement obligée, intégrer l’accessibilité dès maintenant vous évite une refonte coûteuse dans 2-3 ans quand les obligations s’étendront.
Les 5 problèmes d’accessibilité les plus fréquents
Après avoir audité des dizaines de sites WordPress, voici les erreurs que je retrouve le plus souvent :
1. Images sans texte alternatif
Le texte alternatif (attribut alt) décrit le contenu d’une image pour les lecteurs d’écran et quand l’image ne se charge pas. Sans lui, un utilisateur malvoyant ne sait pas ce que l’image représente.
Règle : chaque image porteuse de sens doit avoir un texte alt descriptif. Les images décoratives (flèches, séparateurs) peuvent avoir un alt vide (alt="").
2. Contrastes de couleur insuffisants
Un texte gris clair sur fond blanc peut sembler élégant, mais il est illisible pour 8 % de la population masculine (daltonisme) et pour toute personne consultant votre site en plein soleil sur mobile.
Norme WCAG : ratio de contraste minimum de 4,5:1 pour le texte normal, 3:1 pour le texte large (>18px). Testez avec des outils gratuits comme WebAIM Contrast Checker ou l’extension navigateur axe DevTools.
3. Navigation au clavier impossible
Certains visiteurs n’utilisent pas de souris : personnes à mobilité réduite, utilisateurs d’aides techniques, ou simplement des utilisateurs avancés. Si votre menu, vos boutons ou vos formulaires ne sont pas accessibles via la touche Tab, ces visiteurs sont bloqués.
Test : essayez de naviguer sur votre site uniquement avec le clavier (Tab, Entrée, Échap). Pouvez-vous atteindre tous les liens, ouvrir le menu, remplir le formulaire de contact ? Si non, il y a un problème.
4. Structure de titres incohérente
Les titres HTML (H1, H2, H3…) ne servent pas uniquement à la mise en page. Les lecteurs d’écran les utilisent pour naviguer dans la page, comme une table des matières. Un site qui passe de H1 à H4 sans H2 ni H3, ou qui utilise un style gras à la place d’un vrai titre, désorganise cette navigation.
Règle : un seul H1 par page (le titre principal), puis H2 pour les sections, H3 pour les sous-sections. Jamais de saut de niveau (H2 → H4).
5. Formulaires sans étiquettes
Un formulaire de contact avec des placeholders (« Votre nom » grisé dans le champ) mais sans balise <label> est inutilisable pour un lecteur d’écran. L’utilisateur entend « champ de saisie » sans savoir quoi y écrire.
Solution : chaque champ de formulaire doit avoir un <label> explicite associé. Les placeholders sont un complément, pas un remplacement.
Pourquoi l’accessibilité améliore votre site pour tout le monde
L’accessibilité n’est pas un coût supplémentaire — c’est de la qualité web. Les bonnes pratiques d’accessibilité améliorent directement :
- Le SEO : Google utilise les textes alternatifs, la structure de titres et la sémantique HTML pour comprendre votre contenu. Un site accessible est mieux référencé.
- L’expérience mobile : les boutons suffisamment grands pour le tactile, les contrastes lisibles en plein soleil, les formulaires simples — ce sont aussi des critères d’accessibilité.
- Le taux de conversion : un formulaire de contact clair et bien structuré convertit mieux qu’un formulaire confus, pour tous les utilisateurs.
- La maintenance : un code sémantique et bien structuré est plus facile à maintenir et à faire évoluer.
Comment auditer l’accessibilité de votre site
Vous n’avez pas besoin d’être expert pour identifier les problèmes les plus courants. Voici une méthode en 4 étapes :
- Étape 1 — Test automatique : lancez WAVE (wave.webaim.org) ou axe DevTools (extension Chrome gratuite) sur vos pages principales. Ces outils détectent automatiquement 30 à 40 % des erreurs d’accessibilité.
- Étape 2 — Test clavier : naviguez sur votre site uniquement au clavier. Vérifiez que le focus est visible (bordure ou surbrillance sur l’élément actif) et que vous pouvez accéder à tous les contenus.
- Étape 3 — Test de contraste : vérifiez les combinaisons texte/fond sur vos pages clés avec WebAIM Contrast Checker.
- Étape 4 — Vérification manuelle : parcourez vos images (ont-elles un alt ?), vos formulaires (ont-ils des labels ?), vos vidéos (ont-elles des sous-titres ?).
Checklist accessibilité rapide
- ☐ Toutes les images porteuses de sens ont un texte alternatif
- ☐ Les contrastes texte/fond respectent le ratio 4,5:1
- ☐ Le site est navigable entièrement au clavier
- ☐ La hiérarchie de titres est logique (H1 → H2 → H3)
- ☐ Tous les champs de formulaire ont un label
- ☐ Les liens ont un texte descriptif (pas de « cliquez ici »)
- ☐ Les vidéos ont des sous-titres ou une transcription
- ☐ La taille de police de base est d’au moins 16px
L’accessibilité parfaite n’existe pas — mais chaque amélioration compte. Commencer par les 5 problèmes les plus fréquents couvre déjà 80 % des situations rencontrées par les utilisateurs en situation de handicap.
Vous voulez savoir où en est votre site en matière d’accessibilité ? Parlons-en.



